Bab el-Louk, un marché couvert au centre de la ville du Caire

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Vue perspective du marché de Bab el-Louk prise depuis le toit de l’hôtel Amin qui lui fait face sur la place El Falaki (photo Pascal Garret – février 2010)

Aujourd’hui, sur une place du Caire et derrière une façade hétéroclite, se laisse deviner un vaste édifice de brique et de métal, le marché de Bab el-Louk, construit en 1912 au centre de ce qui était alors les nouveaux quartiers de la capitale égyptienne.

Visibles depuis la place, les ajouts, surélévations et transformations de ce bâtiment, s’ils ne relèvent pas de l’exceptionnel dans une ville comme Le Caire, rendent compte de profondes métamorphoses dont les plus évidentes sont morphologiques.

On y découvre, une fois parvenu à l’intérieur, une halle de dimensions imposantes qui couvre un espace vivant, véritable quartier dans la ville. Bien que privé, ce lieu de passage reste ouvert au public puisque sa fonction principale demeure la vente d’alimentation au détail.

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Si, dès son ouverture en 1912, le marché de Bab el-Louk répond parfaitement aux attentes d’une clientèle aisée et d’une époque liée à la colonisation, les bouleversements liés à l’accès à l’indépendance, à la Deuxième Guerre Mondiale et à la Révolution égyptienne le modifient profondément. Le changement de composition sociale du quartier et le départ de la majorité des étrangers vivant en Egypte conduisent à l’adaptation des commerces à une nouvelle demande. Dans le même temps, la modification des rapports entre le propriétaire et les locataires du marché, due en grande partie aux lois sur le gel des loyers, introduit une inversion des pouvoirs : les locataires, inexpulsables, deviennent alors « quasiment propriétaires » d’un bien qu’ils peuvent transformer à leur gré moyennant finances.

Résidant au Caire de septembre 1993 à juillet 1995, j’y ai réalisé mon travail personnel de fin d’études en architecture (TPFE) sans faire aucun projet architectural, bien au contraire, mon mémoire de diplôme étant essentiellement fondé sur des enquêtes ethnographiques auprès des occupants du marché de Bab el Louk.

Cette recherche avait pour but de comprendre pourquoi et comment ses occupants ont profondément transformé ce bâtiment au point de le rendre quasi méconnaissable.

Ce travail sur la durée m’a rapproché des personnes qui travaillent dans ce marché et j’ai commencé, à leur demande, à les prendre en photo. Depuis, chaque retour en Egypte est pour moi l’occasion de retrouver le marché et ses occupants. Certains sont aujourd’hui décédés, parfois remplacés par leurs enfants ou par de nouveaux arrivants, et les autres ont pris de l’âge.

J'ai rencontré ce marchand pour la première fois en 1993. Il n'a pas de boutique et il vend depuis des années ses produits à même le trottoir à l'angle de l'une des entrées du marché, toujours fidèle à son poste du matin jusqu'au soir depuis plus de quarante années. Ce type de commerce informel est très présent tout autour et à l'intérieur du bâtiment.
J’ai rencontré ce marchand pour la première fois en 1993. Il n’a pas de boutique et il vend depuis des années ses produits à même le trottoir à l’angle de l’une des entrées du marché, toujours fidèle à son poste du matin jusqu’au soir depuis plus de quarante années. Ce type de commerce informel est très présent tout autour et à l’intérieur du bâtiment (photo Pascal Garret – février 2010).
Cet accordeur de pianos travaillait à l'origine exclusivement pour une clientèle étrangère et possédait dans le centre-ville un magasin de vente et de réparation de pianos. En 1975, il a l'occasion de reprendre à bon prix la location d'un atelier au premier étage du marché où il propose à la vente divers instruments de musique. L'état du marché les décourageant les clients de venir sur place, il se rend lui-même chez eux pour leur accorder, vendre ou louer un piano.
Cet accordeur de pianos travaillait à l’origine exclusivement pour une clientèle étrangère et possédait dans le centre-ville un magasin de vente et de réparation de pianos. En 1975, il a l’occasion de reprendre à bon prix la location d’un atelier au premier étage du marché où il propose à la vente divers instruments de musique. L’état du marché les décourageant les clients de venir sur place, il se rend lui-même chez eux pour leur accorder, vendre ou louer un piano (photo Pascal Garret – février 2010).

Je suis retourné au marché de Bab el-Louk en février 2017 et vous pouvez voir mes photos les plus récentes en cliquant sur ce lien…

L’idée est, sur le long terme, de pouvoir proposer une monographie photographique et sociale du marché de Bab el-Louk, en une sorte de « micro-histoire » visuelle de ce marché qui se poserait comme un témoin de l’Histoire du Caire.

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Vue de l’allée centrale du marche de Bab el Louk (photo Pascal Garret – février 2010)

Si vous voulez en savoir plus sur ce marché, vous pouvez télécharger ici un article à son propos que j’ai publié en 1996 dans Les Cahiers du Réseau Architecture/Anthropologie

Vous pouvez aussi voir sur Flickr mes photos du marché de Bab el-Louk prises entre 1993 et 1995 puis lors d’un retour sur place en 2010…

Mon mémoire de diplôme est également téléchargeable ici…